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13/01/2012

Inès de Las Sierras, 1837

Charles Nodier

Introduzione: Alberto Castoldi

T. Todorov vede in questo racconto un’esemplificazione anticipatrice della sua teoria dell’hésitation nella spiegazione del fantastico: “Ce texte est composé de deux parties sensiblement égales; et la fin de la première nous laisse en pleine perplexité: nous ne avons comment expliquer les phénomènes étranges qui surviennent; toutefois, nous ne sommes pas prêts non plus à admettre le surnaturel aussi aisément que le naturel. Le narrateur hésite alors entre deux conduites:interrompre là son récit (et rester dans le fantastique) ou poursuivre (et donc le quitter). Pour lui, il déclare à ses auditeurs qu’il préfère s’arrêter, se justifiant ainsi. “Tout autre dénouement serait vicieux dans mon récit car il en chargerait la nature.” (Introduction à la littérature fantastique, p. 48) L’incertezza della conclusione, da parte di Nodier, è palesemente intenzionale, volendo teorizzare la presenza dell’irrazionale nel quotidiano.

- Et toi, dit Anastase, ne nous feras-tu pas aussi un conte de revenants?...
- Il ne tiendrait qu'à moi, répondis-je; car j'ai été témoin de la plus étrange apparition dont il ait jamais été parlé depuis Samuel; mais ce n'est pas un conte, vraiment! c'est une histoire véritable.
- Bon! murmura le substitut en pinçant les lèvres; y a-t-il quelqu'un aujourd'hui qui croie aux apparitions?
- Vous y auriez peut-être cru aussi fermement que moi, repris-je, si vous aviez été à ma place. [...]
- Et puis après? dit Anastase.
- Après? Qu'entends-tu par là, je te prie? Le conte n'est-il pas fini?
- Je ne sais pourquoi il me semble qu'il y manque quelque chose encore, dit Eudoxie. [...]
- Ce n'est pas là, dit Anastase d'un air boudeur, toute l'histoire d'Inès. Tu dois en avoir su davantage.
- Cette histoire est très complète dans son genre, répondis-je. Vous m'avez demandé une histoire de revenant, et c'est une histoire de revenant que je vous ai racontée, ou bien il n'en fut jamais. Tout autre dénouement serait vicieux dans mon écrit, car il en changerait la nature.
- Mauvaise défaite, dit le substitut. Vous cherchez à vous sauver d'une explication par une subtilité. Raisonnons un peu, s'il vous plaît, car la logique est de mise partout, même dans les contes de revenant. Vous avez pris avec vos camarades l'engagement solennel de garder un silence absolu sur les événements de la nuit de Noël, tant que le fait de l'apparition ne vous serait pas clairement expliqué; vous vous êtes même soumis à cette obligation par serment [...]. Or, vous n'avez pu être dégagé de cette espèce de contrat synallagmatique (c'est ainsi qu'on l'appelle en droit), que par l'éclaircissement conditionnel sur lequel il était fondé [...]. Donc vous êtes dans le cas flagrant d'infraction à l'engagement contracté, si la condition qui le résout n'a pas été accomplie.
- Je vous prie, monsieur le substitut, répliquai-je, de m'épargner ce procès, à moi qui n'en eus de ma vie. Je suis parfaitement en règle sur les termes de mon contrat, que j'aurais pu me dispenser d'alléguer, si je n'avais voulu tout dire. Mais l'histoire qu'on réclame, c'est une autre histoire; la pendule marque minuit et davantage; voulez-vous me permettre de laisser le mot du logogriphe suspendu un mois, comme celui du vieux Mercure de Francel
- J'estime, reprit le substitut, qu'il peut y avoir lieu à ajourner, si cela convient à ces dames.
- D'ici là, continuai-je, votre imagination peut s'évertuer à chercher l'explication que je lui promets. Je vous avertis toutefois que c'est ici une histoire véritable^ 20, du commencement à la fin, et qu'il n'y a dans tout ce que je vous ai raconté ni supercherie, ni mystification, ni voleurs...
- Ni revenant? dit Eudoxie.
- Ni revenant, repartis-je en me levant et en prenant mon chapeau.
- Ma foi, tant pis! dit Anastase.

 

II

- Mais, si ce n'était une véritable apparition, dit Anastase aussitôt que je fus assis, apprends-nous ce que c'était. Il y a un mois que j'y réfléchis, sans trouver d'explication raisonnable à ton histoire.
- Ni moi non plus, dit Eudoxie.
- Je n'ai pas eu le temps d'y penser, dit le substitut; mais autant
que je m'en souviens, cela tirait furieusement au fantastique.
- Il n'y a cependant rien de plus naturel, répondis-je, et tout le monde a entendu raconter ou vu des choses bien plus extraordinaires que celles qui me restent à vous apprendre, si vous êtes disposés à m'écouter encore une fois. [...]
- Je n'ai pas besoin de vous dire que je racontai alors ce que je vous racontais il y a un mois, et ce que vous me dispenserez sans peine de vous raconter aujourd'hui, même quand vous n'auriez pas un souvenir bien présent de ma première histoire. Je ne suis pas capable de lui prêter assez d'attrait pour la faire écouter deux fois.