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04/08/2011

Contes, 1832-33

Charles Nodier

Troviamo qui in sequenza tre testi teorici di Nodier che intervengono nella formulazione della sua concezione dei generi: la seconda prefazione di Smarra (1832), l’Histoire d’Hélène Gillet (1832), e l’esordio di Jean-François les Bas-Bleus (1833). Nodier si sofferma su uno specifico genere fantastico, l’histoire fantastique vraie, nella convinzione che il fantastique sérieux costituisca la grande novità letteraria del suo tempo. Il fantastico per sopravvivere come genere deve ormai essere vraisemblable, o addirittura vrai, di qui l’insistenza sui fenomeni onirici (Smarra, La Fée aux Miettes). Successivamente Nodier tornerà su questa problematica, soffermandosi sulla poetica della croyance e del plaisir generato dalla lettura del testo fantastico.

[A]

Sur des sujets nouveaux faisons des vers antiques, a dit André Chénier. Cette idée me préoccupait singulèrement dans ma jeunesse; et il faut dire, pour expliquer mes inductions et pour les excuser, que j’étais seul, dans ma jeunesse, à pressentir l’infaillible avènement d’une littérature nouvelle. Pour le génie, ce pouvait être une relation. Pour moi, ce n’était qu’un tourment.
Je savais bien que les sujets n’étaient pas épuisés, et qu’il restait encore des domaines immenses à exploiter à l’imagination; mais je les savais obscurément, à la manière des hommes mediocre, et je louvoyais de loin sur les parages de l’Amérique, sans m’apercevoir qu’il y avait là un monde. J’attendais qu’une vois aimée criât: TERRE!
Une chose m’avait frappé: c’est qu’à la fin de toutes les littératures, l’invention semblait s’enrichir en proportion des pertes du goût, et que les écrivains en qui elle surgissait, toute neuve et toute brillante, retenus par quelque étrange pudeur, n’avaient jamais osé la livrer à la multitude que sous un masque de cymisme et de dérision, comme la folie des joies populaires ou la ménade des bacchanales. Ceci est le signalement distinctif des génie trigémeaux de Lucien, d’Apulée et de Voltaire.
Si on cherche maintenant quelle était l’âme de cette création des temps achevés, on la trouvera dans la fantaisie. Les grands hommes des vieux peuples retournent comme les vieillards aux jeux des petits enfants, en affectant de les dédaigner devant les sages; mais c’est là qu’ils laissent déborder en riant tout ce que la nature leur avait donné de puissance. Apulèe, philosophe platonicien, et Voltaire poète épique, sont des nains ò faire pitié. L’auteur de L’Ane d’or, celui de La Pucelle et de Zadig, voilà des géants!
Je m’avisai un jour que la voie du fantastique, pris au sérieux, serait tout à fait nouvelle, autant que l’idée de nouveauté peut se presente dans une acception absolue dans une civilisation usée. L’Odyssée d’Homère est du fantastique sérieux, mais elle a un caractère qui est propre aux conceptions des premiers âges, celui de la naïveté. Il ne me restait plus pour satisfaire à cet instinct curieux et inutile de mon faible esprit, que de découvrir dans l’homme la source d’un fantastique vraisemblable ou vrai, qui ne résulterait que d’impressions naturelles ou de croyances répandues, même parmi les hauts esprits de notre siècle incrédule, si profondément déchu de la naïveté antique. Ce que je cherchais, plusieurs hommes l’ont trouvé depuis; Walter Scott et Victor Hugo, dans des types extraordinaires mais possibiles, circonstance aujourd’hui essentielle qui manque à la réalité poétique de Circè et de Polyphème; Hoffmann, dans la frénésie nerveuse de l’artiste enthousiaste, ou dans les phénomènes plus ou moins démontrés du magnetisme. Schiller, qui se jouait de toutes les dfficultés, avait déjà fait jaillir des émotions graves et terribiles d’une combinaison encore plus commune dans ses moyens, de la collusion de deux charlatans de place, experts en fantasmagorie. […]

 

[B]

Mais si vous êtes curieux d’histoires fantastiques, je vous previens que ce genre exige plu de bon sens et plus d’art qu’on ne l’imagine ordinairement; et d’abord, il y a plusieurs espèces d’histoires fantastiques.
Il y a l’histoire  fantastique fausse, dont le charme résulte de la double crédulité du conteur et de l’auditoire, comme les Contes de fées de Perrault, le chef-d’oeuvre trop dédaigné du siècle des chefs-d’oeuvre.
Il y a l’histoire fantastique vague, qui laisse l’âme suspendue dans un doute rêveur et mélancolique, l’endort comme une mélodie, et la berce comme un rêve.
Il y a l’histoire fantastique vraie, qui est la première de toutes, parce qu’elle ébranle profondément le coeur sans coûter de sacrifices à la raison; et j’entends par histoire fantastique vraie, car une pareille alliance de mots vaut bien la peine d’être expliquée, la relation d’un fait tenu pour matériellement impossible qui s’est cependant accompli à la connaissance de tout le monde. Celle-ci est rare, à la vérité, si rare, si rare que je ne m’en rappelle aujourd’hui d’autre exemple que l’histoire d’Hélène Gillet. […]

 

[C]

Je n’écrirai de ma vie une histoire fantastique, on peut m’en croire, si je n’ai en elle une foi aussi sincère que dans les notions les plus comune de ma mémoire, que dans les faits les plus journaliers de mon existence et je ne crois pas pour ceci rien devoir en intelligence et en raison aux esprits forts qui nient absolument le fantastique, je diffère d’eux, à la vérité, par une certaine manière de voir, de sentir et de juger, mais ils diffèrent ainsi de moi, et je ne me crois obligé par aucun défaut public et reconnu d’organisation à soumettre les perceptions intimes de mes sens et de ma conscience au caprice d’une autorité frondeuse qui n’a peut-être de motif pour contester qu’une presomptueuse ignorance. L’Amérique était un monde fantastique avant Christophe Colombe.
Amenez-moi un homme sans instruction, mais sûr de lui comme le sont tous les sots, qui a d’accident une paillette de fer dans l’oeil: “Mon ami, lui dirais-je, on trouve au mont Sipyle, dans l’Asie Mineure (c’est bien loin d’ici), une pierre extraodinaire qui guérirai sur le-champ votre oeil malade et enflammé, si vous pouviez la regarder de près. C’est quelque chose de fort mystérieux, et qui ne saurait s’expliquer, si ce n’est parce que Dieu l’a permis de la sorte; mais il n’y a que cette pierre qui puisse vous soulager.

- Vous me la donnez belle, me repondrait-il en colère, avec votre pierre du mont Sipyle! Contes de bonne femme que cela! Misérable amusette de charlatan!...

J’ai supposé que cet homme était sot. C’est déjà plus de la moitié d’un philosophe .

- Le hasard, repondrais-je alors, permet qu’au temps de mes voyages lointains j’aie fait enchâsser un fragment de cette pierre dans le chaton de la bague que voici, et nous sommes en mesure d’éprouver sa vertu.

J’approcherais alors de l’endroit douloureux la pierre du mont Sipyle, et le corps étranger volerait vers elle, car la pierre du mont Sipyle, c’est l’aimant. L’aimant a des propriétés fantastiques pour ceux qui ne les ont pas essayées. Il en est ainsi de mille autres puissances naturelles, qu’un petit nombre d’hommes connaissent, et d’une multitude infinie de merveilles plus occultes encore, que personne ne connaît.
Après cela, madame, je suis prêt, si cela vous convient le moins du monde, à vous raconter une histoire fantastique où je vous promets de ne rien mettre du mien. Vous en jugerez comme il vous plaira. […]